Les villages préférés de nos régions
LE VILLAGE PRÉFÉRÉ DES FRANÇAIS
ors de sa conquête des Gaules, Jules César avait une dent contre certaines tribus gauloises : il les comparait à des lapins parce qu’ils vivaient dans des grottes, semblables pour lui à des terriers. Les Celtes qui occupaient le territoire de Trôo ont dû se sentir concernés, eux qui avaient établi une partie de leurs habitats au sein des cavités creusées dans les coteaux au-dessus de la vallée du Loir. C’est bien sûr à cet L Une habitation troglodyte nichée au cœur de la roche et son jardin. Ces maisons insolites aujourd’hui très prisées sont parfois transformées en lieu culturel ou chambres d’hôtes.
Philippe Blanchot / hemis.fr
habitat que le lieu doit son nom: Trôo vient du bas-latin traucum , « lieu où il y a des trous ». LA RICHE CITÉ AUX 5000 HABITANTS Toujours est-il que les légions romaines laissèrent les Gaulois de Trôo à leurs trous et autres souterrains imprenables et allèrent s’installer un peu plus loin. L’oppidum bâti par les Celtes en haut de la butte devint au fil des siècles un castrum puis un château et le village un chef-lieu prospère, siège d’un archiprêtre qui dépendait des évêques du Mans. Au
xii e siècle, la population grimpa jusqu’à 5000 habitants. Difficile à imaginer aujourd’hui quand on contemple depuis les bords du Loir les toits d’ardoise et de tuile qui épousent les courbes des coteaux de tuffeau! À peine 300 âmes – on les appelle les Troïens, presque comme leurs célèbres homonymes racontés par Homère – se partagent le village : en bas la cité médiévale, répartie autour de la rue Auguste- Arnault, autrefois rue Basse et la rue Haute ; au sommet du coteau, autour de la collégiale, la ville Haute ; et entre les deux, les troglodytes ! Avant de démarrer l’ascension, allez jeter un œil à un site insolite, à côté de l’office de tourisme, celui de la Grotte pétrifiante. Depuis un siècle que le lieu est ouvert, il intrigue les visiteurs avec ces stalactites et concrétions, lentement façonnées par le travail de l’eau, qui coule à travers le tuffeau et vient déposer le fruit de son voyage en d’étonnantes sculptures de calcaire. La grotte abrite aussi les vestiges
LES ENFANTS CACHÉS DE TRÔO Au Centre de la Résistance, de la déportation et de la mémoire de Blois, une vieille photo de classe raconte l’histoire des enfants cachés de Trôo : des enfants posent, souriants ou plus sérieux, à côté de leur institutrice. À côté des natifs du village, des enfants appelés « les réfugiés de Brest », prétendument rescapés des bombardements de Brest et Lorient, sont en réalité des enfants juifs venant de familles cachées en zone libre. 28 enfants âgés de 5 à 14 ans ont ainsi été sauvés et ont fait toute leur scolarité à Trôo, cachés par le curé, les instituteurs, les gendarmes et la population, tous solidaires derrière leur maire. Au coin de la rue des Ruelles, en face de la mairie, une plaque commémore ce sauvetage réalisé par des Justes.
Hors-série / Détours en France / www.detoursenfrance.fr
33
Made with FlippingBook flipbook maker